Par: Gilles Toupin, La Presse, Ottawa
Stephen Harper honorera sa promesse électorale de tenir un vote libre sur la définition du mariage, a appris La Presse, malgré le peu d’enthousiasme que suscite le projet chez certains ministres et députés conservateurs.
Selon une source gouvernementale sûre, le premier ministre Harper demandera l’automne prochain aux élus de se prononcer librement sur cette question, c’est-à -dire selon leur conscience. M. Harper a confirmé à maintes reprises qu’il appuie la définition traditionnelle du mariage, c’est-à -dire l’union entre un homme et une femme. Il a cependant toujours refusé d’imposer aux députés de sa formation politique une ligne de conduite partisane sur la question.
Le projet sur les mariages gais a été adopté le 28 juin 2005 aux Communes par 158 députés contre 133 après des mois de débats houleux. Six des 54 députés du Bloc québécois étaient absents. Sur les 48 bloquistes en Chambre, seulement cinq ont voté contre le projet de loi alors que 18 des 19 députés du Nouveau Parti démocratique l’ont appuyé.
Dans les rangs libéraux, le premier ministre de l’époque, Paul Martin, n’a pu convaincre 32 de ses députés, farouchement opposés au mariage gai, de se prononcer en faveur du projet de loi. Les autres députés, y compris les ministres, ont appuyé le texte législatif.
Du côté des conservateurs, sur les 96 députés présents, 93 ont rejeté le projet de loi. Trois l’ont approuvé, dont l’actuel ministre des Affaires indiennes Jim Prentice. Chez les députés indépendants, David Kilgour et Pat O’Brien ont voté contre.
Une motion
Le gouvernement Harper entend donc demander à l’automne aux députés des Communes, par le moyen d’une motion, s’ils désirent rouvrir à nouveau le débat sur le mariage gai. Si la réponse est non, la question sera réglée une fois pour toutes, affirme un haut responsable gouvernemental. Si la réponse est oui, la loi adoptée par le Parlement il y a un an et qui a légalisé les unions de même sexe sera réexaminée, révisée ou peut-être même remplacée.
Plusieurs députés et ministres conservateurs se sont déclarés peu enthousiastes ces derniers jours à l’idée de refaire un débat sur un sujet aussi peu rassembleur. Le ministre des Pêches, Loyola Hearn, a été le premier à suggérer qu’il vaudrait mieux laisser les choses telles qu’elles sont. Le ministre du Commerce et ancien ministre libéral, David Emerson, a aussi manifesté peu d’empressement à refaire à nouveau le chemin déjà parcouru dans le passé. Le ministre des Affaires étrangères, Peter MacKay, a fait savoir à son tour que ses électeurs n’étaient pas particulièrement intéressés par ce débat.
Par contre, d’autres élus conservateurs, tel l’Albertain James Rajotte, estiment que leurs électeurs attachés à la définition traditionnelle du mariage se sont sentis floués par le processus qui a mené à l’adoption de la loi qui permet les mariages gais, même si certains d’entre eux constatent personnellement qu’il serait bien difficile de faire marche arrière.
Des stratèges conservateurs laissent par ailleurs entendre en privé que M. Harper ne verrait pas d’un mauvais oeil que la motion soit éventuellement rejetée par une majorité des députés aux Communes, en particulier avant le déclenchement de la prochaine campagne électorale. Un tel scénario lui permettrait de se débarrasser d’un dossier qui nuit considérablement à son image dans certaines régions du pays, notamment au Québec. Un rejet aux Communes de la motion qu’il entend déposer à l’automne lui enlèverait certes une épine du pied et lui permettrait de consacrer ses énergies à des questions qu’il considère plus pressantes et plus rentables politiquement.













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